2. L’envers du décor.

(Un gros pardon pour la mise en page foireuse de ce billet)

Dix-huit ans, premier emploi, j’entame une expérience au sein d’une société d’abattage indépendante, le temps de trouver un apprentissage en boucherie, plus proche de chez moi. Première expérience professionnelle enrichissante, rien à signaler d’anormal. Je n’irais pas affirmer qu’aucun animal n’y à souffert ou y à vu sa mort arriver. Ce serait faux. Des améliorations pourraient voir le jour dans les normes actuelles, mais nous étions loin ici de voir des camions surchargés d’animaux dans de mauvaises conditions. Pour la plupart du temps, cet abattoir était en activité pour les artisans désireux d’avoir un circuit court, sans une pyramide d’intermédiaires, ou encore pour les « Chevillards », commerçant en gros venant se fournir aux abattoirs. Je n’y suis resté que peu de temps, avant de trouver mon apprentissage en boucherie. Premier contact, un supermarché qui allait bientôt devenir un Hypermarché. Je ne donnerais ici le nom d’aucune enseigne, pour la simple et bonne raison, que la totalité des magasins d’une enseigne ne fonctionne pas tous de la même façon, et qu’on ne peut se permettre de mettre tout le monde dans le même panier.

Les pieds dans le plat, j’ai commencé à y découvrir mon métier, mais aussi, les premiers signe de l’envers du décor. J’ai alors découvert, qu’il fallait apprendre à vivre, avec une réalité dérangeante. Celle de transgresser règles, lois, honneur, et convictions. Vivre avec des convictions écologiques, des envies d’alternatives, et travailler pour des enseignes capitaliste, violente, agressive, et productrice de gaspillage.J’ai alors passé 4 années, enfermé dans un département ou l’emploi n’était pas abondance, avec un choix restreint. Quatre années à supporter les méfaits d’un magasin type « Hyper » malhonnête, à subir les pressions, les obligations illégales au niveau sanitaire, et à supporter de travailler un produit de faible qualité, tantôt français, tantôt étranger. Le tout dans un système de suremballage. Pas très sympathique quand on tient un tant soit peu à une éthique écologique. Quatre années à léser le consommateur avec de la marchandise passablement retravaillée, une fois les dates de péremption dépassées. Quatre années à réfléchir, à comment quitter l’enfer d’un système écœurant.

Boucherie à rayon dit de « Libre-service », avec une activité de remballage. Rien d’extrêmement affolant si cette pratique reste honnête et suivie au sein de l’équipe, mais assez dramatique quand on voit des morceaux de viande en piteux état retravaillé une troisième ou quatrième fois. Le tout à cause d’un mauvais suivi de rayon, de stock sur-gonflé, mais aussi de ce fameux problème typique de la grande distribution, le besoin de masse. Le besoin de massifier les linéaires pour tenter le client et grappiller quelques euros de plus pour dorer son chiffre d’affaire. Mais aussi l’obligation hiérarchique de tenir un rayon massifié, aux risques de perdre un consommateur si celui-ci se sentait malmené par l’obligation de changer son repas prévisionnel. En effet, quel drame de devoir consommer un faux-filet s’il n y a plus d’entrecôte en rayon. Malsain, pensais-je, mais je n’avais pas encore tout vu!

Toutes règles ont leurs exceptions!

>Quatre années ont passé, un déménagement, un autre emploi, et presque un goût de liberté! Un travail enfin sérieux, avec un Chef soigneux de son métier, un suivi plus rigoureux, et pas d’activité frauduleuse. Un Chef qui m’a offert sa confiance, et qui m’a placé derrière un rayon traditionnel. Rayon complété par une énorme linéaire de libre-service. Mais ici, pas de pression concernant les marges demandées, dans les règles de l’art. Si on doit jeter, on jettes, pas question de perdre un client pour un morceau de viande abimé. Pas question de trafiquer la came pour une question de marge. Et le bonheur d’être sur rayon traditionnel, avec de la viande suivi, labellisée, et locale. Concernant la qualité de la viande du rayon Libre service, ceci est une autre question, la perfection n’existe pas. J’ai passé deux années agréables, avec des challenges motivant, mais pour des raisons personnelles, j’ai quitté cette enseigne suite à la proposition d’une place de Chef de rayon Boucherie.

L’enfer libérateur!

Le monde hiérarchique, l’autre côté du tranchant. Le monde ou les cordes sont manipulées pour faire bouger les pantins. Un monde sombre et glauque. Ou l’ont vous fait croire que vous dirigez, mais ou vous n’avez aucune marge de mains d’œuvres. Pressions incessante, vicieuse, et déprimante. Aucune possibilité d’appliquer ses convictions.

Petite enseigne en difficulté, fréquentation faible, et pourtant, une linéaire libre service bien trop grande. Une obligation de massifier, avec comme résultat un gaspillage bien trop évident. Me pensant libre d’appliquer mes idées, j’ai tenté de diminuer la « casse » au risque de ne pas atteindre mon objectif de marge. Je préférais tenir un rayon faible en choix, aux vues de mon chiffre d’affaire ridicule, et de pratiquer la règle des 50% de remises sur les produits datés du jour. Ainsi, j’ai réussi à maintenir une marge correcte, mais toujours pas dans mes objectifs imposés. On m’a alors interdit de pratiquer la remise, devant jeter des produits encore consommable. Rien ne s’est arrangé, et c’est pourtant logique, mais ici, aucune place pour ça. On veut de la masse, on veut du choix en rayon, même si la fréquentation du magasin n’est pas assez importante pour assurer une rotation. Les commandes passant toutes par des centrales, aucun choix possible concernant le conditionnement de la viande (travail en sous vide). Si on ouvre une poche de 10 kilos, on se démerde, on à 4 jours pour vendre. On en vends 5 kilos, on en jette 5. Personne n’y gagne, et la bête est bel (la belle et la bête, ok, je sors) et bien morte en moitié pour la benne. Rien à dire, du beau boulot! On préfère se plier à l’exigence d’un consommateur, quitte à jeter encore et toujours plus, peu importe.

Aucune possibilité encore une fois de travailler avec ses convictions. J’ai alors décidé de reprendre ma vie en main, et de découvrir un monde plus sain à mes yeux. Travailler local, sans une pyramide hiérarchique.

Nouveau monde!

Je m’épanouis depuis, jour après jour, à travailler pour un patron, passionné, respectueux de son métier et de sa marchandise. Un endroit plus sain, plus apaisé. Ou le client est respecté, ou la marchandise est suivie, en évitant un gaspillage inutile. Ou l’on ne jette pas gratuitement un produit encore consommable, en pensant à l’employé, à l’ami, à la famille, au voisin qui pourrait consommer. Un endroit plus sain, à mes yeux, et cela n’engage que moi. Un endroit artisanal, avec des circuits plus court. Ou l’on travaille tout de l’animal de la tête au pieds. Ici, rien ne passe à la trappe. Ces endroits se font de plus en plus rare, malheureusement, mais l’artisanat à encore de beaux jours devant lui!

Je suis encore marqué par mes expériences en grandes distributions, car, ce que j’ai pu voir ne s’applique pas uniquement au rayon boucherie, mais à tout les autres. Combien de poubelles remplies de « déchets » propre? Un emballage abimé, et c’est la trappe. Une pomme pas ronde, à la trappe, une banane avec une légère tâche, à la trappe. Tant de ressources qu’on à extirpés de la terre pour rien. Des kilomètres et des kilomètres pour nous satisfaire, nous, consommateurs, mais tant de kilomètres pour jeter directement à l’autre bout de la terre. On rapatrie des denrées alimentaires de nos pays voisins, pour jeter nos produits locaux, que personne ne veut ici, pour défaut d’aspect, ou pour quelques centimes de plus au kilo. Alors que nos régions sont de véritables terroir, nous avons tous pris ou presque, cette habitude de simplicité. Cette habitude de confort. Venir se faire bourrer le crâne dans des enseignes ou prolifèrent les propagandes.  Venez Messieurs Dames, découvrir la promo du siècle, de l’agneau de nouvelle-Zélande, ayant parcouru d’innombrables kilomètres, ayant brouter les aliments secs pesés au gramme près, avec un petit zeste d’ogm. Venez voir mon poisson qu’il est bon, nourri aux matières fécales, pas cher. Mes citrons « non traités après récole », ou encore mon sauciflard chimique et nauséabond! Tout est bon par chez nous, même le jambon reconstitué, bourré de merde. Trois couches d’emballage par ci, quatre par là, quand on aime, on ne compte pas. C’est la crise, vous n’avez plus assez d’argent pour la fin du mois? Nous vous proposons ce magnifique pack de 6 bouteilles de Coca Cola, ces succulents morceaux de viande invisible, dans leurs emballages noir, plus cher que chez un vrai boucher. Allez-y, ici, la purée tout prête, c’est 10 euros du kilos, n’allez pas chez votre voisin agriculteur, vous y trouverez la pomme de terre brute à 90 centimes le kilos, mais quel arnaque!

Mes convictions, n’exigent pas de vivre une vie de végétalien, ni de végétarien. mais je pense que nous avons tant à apprendre de ces modes dit « restrictif » à tort! Au cour de ma première expérience, de diminuer les repas viandes, cela m’a permis de découvrir bon nombres d’aliments intéressants. Le tofu, fumé ou nature, et même soyeux, le seitan, diverses algues, les poêlées de céréales, dont nous sommes tombés amoureux, et j’en passe. Nous avons découvert une alimentation plus saine, et cela nous à forcé à sortir des institutions classiques. OUI, il y a des alternatives partout, tout autour de nous, même dans les grandes villes. Des amap, ou vous pouvez être fournis régulièrement, en légumes, pains, fruits, miel, oeufs, et même parfois viande, en local, souvent bio, et parfois, bien moins cher que dans ces adorables grande surface.

Vous l’aurez compris, une belle dent m’est poussé contre les grandes surfaces. Je suis d’avis aujourd’hui, de dire qu’il est temps de trouver un compromis, et de réapprendre la vie. De fuir ou de faire changer le fonctionnement de ces sociétés malveillantes et peu scrupuleuses. Notre pays se comporte soit disant mal, mais nous voyons toujours les grandes marques s’enrichir, alors qu’elles nous proposent du superflu en barre. Pensons à manger plus sain, et à faire fonctionner les circuits courts. Nos boulangers, nos bouchers, nos charcutiers, nos maraichers. Redécouvrir un peu plus ce qu’est une consommation de saison, et favoriser les agricultures un peu plus propre. Tout le monde devrait être conscient des conditions d’élevages industrielles, des animaux survivants et produisant de la viande de mauvaise qualité.  Que vous pensez payer moins cher, mais qui fond comme neige au soleil une fois cuisson. OUI, je pense qu’il est temps de découvrir un réel compromis, que je compte bien découvrir pour ma part, dans cette expérience de végétalisme.

Après un tel pavé, suite au prochain épisode, pourquoi le végétalisme plus que le végétarisme en guise d’expérience?

Bonne lecture 😉

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